Je m’en souviendrais toujours. Mon frère a allumé la télé et j’ai découvert cette émission.
Le plateau était plongé dans la pénombre. Au centre, un candidat qui ne savait clairement pas ce qu’il fallait faire. Devant lui, des boîtes bleues fermées. Elles portent chacune un numéro. On peut en compter 22. Chacune d’entre elles renferme une somme allant de 0,01€ à 500 000€.
Au milieu du plateau, un joueur s’avance avec une boite. Sa boite.
Personne ne sait quelle somme en renferme. Même pas lui.
Personne sauf le banquier.
Le téléphone sonne. C’est le banquier. Il ne montre jamais son visage, il fait juste une offre.
“Je te propose 10 000€ contre ta boite. Tout de suite. À prendre ou à laisser ?”
Si tu as grandi devant TF1 avec Arthur, tu connais la scène.
Et si tu as plus de 30 ans et un salaire correct, tu vas la vivre bientôt pour de vrai.
Parce que chaque automne, la même offre revient. Ton banquier te rappelle que si tu verses ton argent sur un PER avant le 31 décembre, l’État te rembourse une partie en impôts.
Un chiffre sûr, immédiat, qui a l’air généreux. C’est à prendre ou à laisser.
Le PER n’est pas un cadeau, c’est un échange. Mais comment savoir si tu vas être gagnant ?
Le plan du jour
PER ou PEA : l’offre du banquier contre ta boîte fermée
PER déduction fiscale : combien vaut vraiment l’offre ?
PER bloqué : ton argent enfermé jusqu’à la retraite
Sortie du PER et fiscalité : le banquier reprend sa part
Biais de projection : ton toi de 64 ans ne jouera pas comme toi
Faut-il ouvrir un PER ? Deal ou pas deal
PER ou PEA : l’offre du banquier contre ta boîte fermée
Dans À prendre ou à laisser, tout le génie du jeu tient dans une asymétrie. Le candidat ne sait pas ce qu’il y a dans sa boîte. Le banquier, lui, connaît parfaitement les probabilités et son offre est toujours calculée pour qu’elle paraisse irrésistible tout en restant, en moyenne, à son avantage.
PER ou PEA, c’est exactement la même scène dans ton portefeuille.
Le PER, c’est l’offre du banquier. Tu verses et tu peux déduire ce versement de ton revenu imposable. Résultat immédiat : moins d’impôt l’année suivante. En échange, ton argent est bloqué jusqu’à la retraite et l’impôt que tu n’as pas payé à l’entrée, tu le paieras à la sortie.
Le PEA, c’est ta boîte fermée. Aucun avantage le jour où tu verses. Mais après 5 ans, tu peux retirer quand tu veux et tes gains sortent sans impôt sur le revenu. Il ne reste que les prélèvements sociaux, à 18,6%.
Il y a quand même un détail qui change tout. Dans la vraie vie aussi, celui qui te fait l’offre a un intérêt à ce que tu la prennes. Tout le monde veut ouvrir un PER pour préparer sa retraite alors qu’il n’est adapté qu’à une minorité des gens. Pendant ce temps, le PEA, une très belle enveloppe, n’est presque jamais recommandé par les professionnels.
Pourquoi ? Parce qu’il ne rapporte presque rien à celui qui te le recommanderait.
Ça ne rend pas le PER mauvais. Ça veut juste dire que l’offre ne vient jamais d’un observateur neutre.
PER déduction fiscale : combien vaut vraiment l’offre ?
Commençons par ce que le banquier met sur la table, parce que c’est réel.
La déduction fiscale du PER : ce que tu verses est retiré de ton revenu imposable, dans la limite de 10% de tes revenus professionnels de l’année précédente (avec un plancher de 4 710 € et un plafond de 37 680 € en 2026). Ce que tu économises dépend d’un seul chiffre : ta tranche marginale d’imposition, la TMI.
ok c’est déjà compliqué ^^ C’est un peu le problème du PER, il faut faire des calculs pour savoir si c’est intéressant.
En pratique, pour 3 000 € versés :
TMI à 0% : 0 € d’économie. L’offre du banquier vaut littéralement zéro.
TMI à 11% : 330 € d’économie.
TMI à 30% : 900 € d’économie. Ton versement “ne te coûte que” 2 100 €.
TMI à 41% : 1 230 € d’économie.
Là, on commence à voir que c’est bien plus intéressant pour une personne qui paie beaucoup d’impôts.
C’est principalement pour ça que la même offre peut être excellente pour ton collègue et inutile pour toi. Si tu es dans la tranche à 11%, on te propose de bloquer ton argent pendant des décennies pour 330 € par an. C’est le banquier qui te fait une offre ridicule alors que tu as peut-être le gros lot dans ta boîte.
PER bloqué : ton argent enfermé jusqu’à la retraite
Dans le jeu, quand tu acceptes l’offre, la partie s’arrête. Tu ne peux plus revenir en arrière.
Le PER, c’est pareil. Oui, le PER est bloqué jusqu’à ton départ à la retraite. Si tu as 30 ans, ça veut dire plus de 30 ans sans pouvoir toucher à cet argent. Si ton plan est tout tracé, pourquoi pas tu me diras.
Il existe quand même quelques portes de sortie anticipée mais une seule peut t’intéresser : l’achat de ta résidence principale. Les autres sont des accidents de la vie : décès du conjoint, invalidité, surendettement, fin de droits au chômage, liquidation judiciaire de ton entreprise.
Compare avec le PEA : après 5 ans, tu peux retirer une partie de ton argent sans fermer le plan, pour un projet, une période sans revenus, une envie de changer de vie. C’est une différence de liberté, pas seulement de fiscalité. Et pour moi, la liberté, c’est tout le but de l’argent donc ce blocage m’embête vraiment.
Sortie du PER et fiscalité : le banquier reprend sa part
Voilà la partie que l’offre ne mentionne jamais au téléphone.
À la sortie du PER, en capital, la fiscalité se fait en deux morceaux :
Les versements que tu as déduits sont ajoutés à tes revenus de l’année et imposés au barème, à ta tranche du moment.
Les gains sont taxés à 31,4% (12,8% d’impôt et 18,6% de prélèvements sociaux).
Autrement dit, l’impôt que tu n’as pas payé à l’entrée, tu le rembourses à la sortie. Le PER ne supprime pas l’impôt, il le décale dans le temps.
Tu as donc un objectif très précis. Il faut que ta TMI à la retraite soit inférieure à celle du versement. Si tu y arrives, tu as un réel gain sur la fiscalité.
Par exemple :
Tu déduis à 30% et tu sors à 11% : tu gagnes l’écart, c’est un vrai bon deal.
Tu déduis à 30% et tu sors à 30% : tu as surtout obtenu un prêt sans intérêt de l’État, contre un blocage de plusieurs décennies. C’est ok.
Tu déduis à 11% et tu sors à 30% : tu as perdu à l’échange.
Et ce que tu sors est aussi imposé à la flat taxe pour une partie, ne l’oublie pas.
Biais de projection : ton toi de 64 ans ne jouera pas comme toi
Le vrai piège du PER n’est pas fiscal. Il est dans ta tête.
C’est le biais du jour, le biais de projection : notre tendance à supposer que notre moi futur voudra, pensera et gagnera comme notre moi actuel. On se dit que dans 30 ans, on aura les mêmes besoins, la même situation, la même envie de laisser cet argent de côté.
Le problème, c’est que tout l’intérêt du PER repose sur une prévision que personne ne peut faire : ta tranche d’imposition à la retraite, les règles fiscales dans 30 ans et ce dont tu auras besoin entre-temps.
Ça fait beaucoup de “si” futur à accepter maintenant.
D’où ça vient ? Notre cerveau imagine le futur en recopiant le présent. C’est plus économique que d’envisager toutes les vies possibles. Alors on sous-estime les ruptures : un enfant, une reconversion, une création d’entreprise, un déménagement, un héritage.
Trois réflexes pour éviter le piège :
Garde toujours une boîte ouverte. Avant de bloquer quoi que ce soit jusqu’à la retraite, assure-toi d’avoir une épargne disponible (matelas de sécurité, assurance-vie et PEA). Le PER vient en complément, jamais en premier.
Décide sur ta tranche d’aujourd’hui, pas sur tes espoirs de demain. ”Je gagnerai plus demain” est une prévision, pas un fait.
Accepte de revoir ta décision chaque année. Rien ne t’oblige à verser tous les ans sur un PER. Ta situation change, ta réponse aussi.
Regarde en arrière. Comment ta vie a-t-elle changé ces 10 dernières années ? Face aux changements, essaie de faire la même chose dans le futur.
Dans le jeu, le candidat qui accepte trop vite une offre parce qu’il a peur de tout perdre se rend compte après coup de ce qu’il y avait dans sa boîte. Le PER, c’est pareil sauf que tu l’apprends 30 ans plus tard.
Faut-il ouvrir un PER ? Deal ou pas deal
Alors, faut-il ouvrir un PER ? Voici la grille, en 5 minutes, avec ton dernier avis d’impôt sous les yeux.
Niveau débutant. Trouve ta tranche marginale d’imposition sur ton avis d’impôt. Si elle est à 0% ou 11%, la réponse est simple : pas deal.
Commence par ton matelas de sécurité, puis par un PEA avec un versement programmé sur un ETF monde. Pour mettre ça en place dans le bon ordre, j’ai rassemblé l’essentiel dans un kit gratuit : le Kit PEA ETF.
Niveau intermédiaire. Tu es à 30% ou plus, ton matelas est plein et ton PEA tourne déjà ? Là, l’offre devient intéressante. Calcule ton économie réelle (ton versement multiplié par ta TMI), vérifie ton plafond disponible sur ton avis d’impôt et verse seulement ce que tu es prêt à oublier jusqu’à la retraite. Si tu prévois d’acheter ta résidence principale, garde en tête que c’est la seule porte de sortie anticipée qui se choisit. Mais n’oublie pas d’avoir ton taux d’imposition au moment de l’achat en tête, c’est lui qui s’appliquera. En général, il est équivalent ou supérieur à ton taux actuel.
Niveau expert. Tu as déjà un PER ? Pose-toi la question que le banquier ne te posera pas : quelle sera ta tranche à la sortie ? Si tu vises une retraite avec des revenus élevés (loyers, dividendes, pension confortable), le deal peut se retourner contre toi. Pense aussi à l’option de non-déduction à l’entrée, qui allège l’impôt à la sortie et vérifie les frais de ton contrat : un PER bancaire chargé peut manger à lui seul l’avantage fiscal.
Aller encore plus loin :
Il faut savoir qu’il existe deux types de PER.
Les deux ont la même fiscalité à l’entrée : les versements sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de ton plafond. Ce qui change, c’est le contenant.
PER bancaire (compte-titres)
Ouvert dans une banque ou chez un courtier en bourse.
Tu y détiens directement des titres : ETF, actions, fonds. Pas de fonds en euros, donc pas de capital garanti.
Au décès, il entre dans la succession et suit les droits classiques.
PER assurantiel
Ouvert chez un assureur, sous forme de contrat d’assurance.
Il donne accès au fonds en euros, dont le capital est garanti, et aux unités de compte.
Au décès, il profite de la fiscalité de l’assurance-vie : abattement de 152 500 € par bénéficiaire si tu décèdes avant 70 ans. Il peut aussi inclure des garanties de prévoyance.
En résumé, l’assurantiel est presque toujours le meilleur choix pour transmettre. Le bancaire peut convenir à quelqu’un qui investit 100% en actions et veut un accès direct aux titres.
Deux autres options que peu de gens connaissent : les plafonds non utilisés se reportent (3 ans pour ceux de 2023 à 2025, 5 ans pour ceux nés à partir de 2026), et un couple marié ou pacsé peut mutualiser ses plafonds si tu coches la bonne case sur la déclaration d’impôts.
Dans À prendre ou à laisser, le meilleur candidat n’est pas celui qui refuse toutes les offres. C’est celui qui sait ce que vaut sa boîte avant de décrocher le téléphone.
Le PER n’est ni une arnaque ni un passage obligé. C’est une offre.
Fais le calcul et tu sauras si c’est à prendre, ou à laisser.
À toi de jouer.
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