Un soir, entre deux séances de coaching, je reçois ce message : « Peux-tu nous expliquer concrètement pourquoi l’investissement Pinel est selon toi un mauvais investissement ? Sachant que nous ne payons pas de loyer actuellement. »
Il vient de Camille et Hugo. 32 ans, deux enfants en bas âge, et un rêve : ouvrir leur propre café-restaurant. Ils peuvent mettre de côté 2 746 € par mois. Sur le papier, ils font partie des épargnants que tout le monde envie. Pourtant, une partie de leur argent partait chaque mois dans un appartement Pinel acheté en 2023, et le reste attendait sur des comptes sans rôle précis.
Bien épargner ne suffit pas : c’est l’ordre qui compte. Un investissement Pinel mal adapté peut coûter plus cher qu’une mauvaise année en Bourse.
C’est la première édition du “cas réel”. C’est nouveau. Une fois par mois, je vais te présenter une vraie situation, chiffrée, issue de mes coachings et le plan d’action complet ligne par ligne. Camille et Hugo ont accepté que je raconte leur cas. Les prénoms sont changés, les chiffres sont les leurs, relevés au printemps 2026 et le plan est celui qu’on a défini ensemble.
Le plan du jour
Gérer son argent en couple : le budget de Camille et Hugo
Rentabilité Pinel : 3,06% sur le papier, 876 € par mois en vrai
Pinel, bonne ou mauvaise idée ? Ce que dit leur impôt
Coût irrécupérable : le biais qui garde les mauvais placements
Épargne de précaution, combien ? Un rôle pour chaque euro
Revendre un Pinel avant 6 ans ? Leur plan de sortie
Revente Pinel à 6 ans, 9 ans ou 25 ans : le calcul complet
Épargner pour ses enfants : un compte titre par enfant
ETF monde PEA : un seul fonds au lieu de trois
2029 : l’année où tout change
Gérer son argent en couple : le budget de Camille et Hugo
Voici leur situation, telle qu’elle était quand on a commencé.
On a commencé par regarder leur budget en détail. Actuellement, ils ont de belles rentrées d’argent tous les mois, ils ne sont pas particulièrement dépensiers sans pour autant se restreindre. Ils se font plaisir quand ils ont envie.
Les entrées.
7 169 € par mois à deux.
Ce montant est composé de deux salaires dont un qui fonctionne grâce à un gros variable, un héritage sous forme de rente jusqu’en 2029 et les 610 € de revenu issu d’un investissement immobilier locatif.
Les sorties.
3 708 € de dépenses fixes, dont 1 486 € de crédit de l’immobilier locatif, et 715 € de dépenses variables, soit 4 423 € par mois.
Ils ont une particularité. Ils n’ont pas de loyer à payer. Ils vivent dans un logement de fonction jusqu’en 2028.
Ce qui reste. 2 746 € par mois, soit 38% de leurs revenus. Propre.
Ce qu’ils possèdent.
45 000 € sur des livrets et des comptes courants, un peu moins de 8 000 € sur un PEA, 12 000 € sur une vieille assurance-vie, environ 14 000 € d’épargne retraite et salariale bloquée, des BSPCE (des parts de l’entreprise où travaille Hugo, qu’il ne peut pas vendre quand il veut), et l’appartement Pinel.
Leurs projets.
Leur mariage en 2027, un apport pour acheter un fonds de commerce de café-restaurant en 2029, de l’argent pour les enfants, la retraite et un jour des murs commerciaux à louer.
Gérer son argent en couple, en vrai, c’est ça : deux salaires, des comptes éparpillés, deux histoires avec l’argent. Leurs profils d’investisseurs étaient très proches, ce qui aide beaucoup. Il leur manquait un plan commun.
L’un s’y intéresse, l’autre suit en regardant à moitié. Mais ils ne s’y penchent jamais réellement. Le quotidien prend le dessus, surtout avec des enfants en bas âge. Bref, ils ne se posent jamais pour prendre les bonnes décisions.
On a donc profité du coaching pour poser les chiffres et poser les bonnes questions. Avant toute stratégie, chacun doit faire son budget sur trois mois, puis on met tout sur la même table. C’est l’étape que tout le monde veut sauter et c’est elle qui a tout montré.
Rentabilité Pinel : 3,06% sur le papier, 876 € par mois en vrai
Le dispositif Pinel, fermé depuis fin 2024, permettait d’acheter un logement neuf, de le louer à un loyer plafonné pendant six, neuf ou douze ans et de déduire en échange une partie du prix de ses impôts.
Camille et Hugo ont signé en 2023 pour un appartement à 239 000 €, financé à 100% par un crédit à 4,5%. Le loyer : 610 € par mois. On leur a vendu ce super dispositif en mettant en avant le gain d’imposition. Eux voulaient investir car c’est ce qu’il faut faire quand on est adulte. Investir dans la pierre n’est jamais une mauvaise chose.
Sauf quand on regarde réellement les chiffres…
Sa rentabilité brute, la plus simple, c’est le loyer d’une année divisé par le prix d’achat :
610 € × 12 = 7 320 € de loyers par an. 7 320 € ÷ 239 000 € = 3,06%.
C’est le chiffre qu’on leur a vendu. On a mis le joli chiffre de réduc fiscale et hop, ça fait un super papier cadeau.
Sauf que c’est la version flatteuse. Elle oublie la taxe foncière, les charges, l’assurance, la gestion et les mois sans locataire. Le vrai problème est en amont, dans le prix.
Le neuf Pinel se vendait nettement plus cher que l’ancien : une étude de 2017 relevait, dans la ville où ils ont acheté, qu’un deux-pièces Pinel était, en moyenne, 26% plus cher au mètre carré que sur le marché libre, pour un rendement de 2,6% contre 3,7%.
Le surcoût du promoteur est payé dès la signature.
Côté trésorerie, c’est encore plus parlant.
La mensualité, assurance comprise, est de 1 486 €. Le loyer en couvre 610 €.
Chaque mois, Camille et Hugo sortent 876 € de leur poche pour que l’appartement tienne debout, avant même la taxe foncière.
Quand on a fait le calcul du montant de l’achat, des taxes et des intérêts, il leur restait 414 000 € d’échéances, sur 23 ans de crédit.
En pratique : un investissement Pinel ne se juge jamais à la réduction d’impôt annoncée.
Il se juge à trois chiffres :
ce que l’appartement rapporte
ce qu’il te coûte chaque mois
ce que tu pourrais faire de cet argent ailleurs.
Pinel, bonne ou mauvaise idée ? Ce que dit leur impôt
Revenons à leur question : pourquoi ce serait un mauvais investissement, alors qu’ils ne paient pas de loyer ? La réponse tient en deux lignes de leur budget.
La réduction Pinel dépend de la durée de location choisie.
Pour un achat en 2023 : 10,5% du prix sur six ans, 15% sur neuf ans, 17,5% sur douze ans.
Pour leur appartement, ça donne 4 182 €, 3 983 € ou 3 485 € de réduction par an, selon la durée.
Leur impôt sur le revenu, celui du foyer puisqu’ils sont pacsés, est de 3 300 € par an en moyenne.
Dans les trois cas, la réduction dépasse l’impôt.
Or une réduction ne descend jamais sous zéro et la part qui dépasse n’est pas reportée sur l’année suivante : elle est perdue.
Entre 167 € et 864 € par an partent à la poubelle, selon la durée. Pendant ce temps, les 876 € d’effort mensuel sortent bien de leur compte, soit plus de 10 000 € par an, pour une réduction d’impôt bien inférieure.
Aujourd’hui, ils ne paient pas de loyer donc ça va. Mais ça bloque également Camille. Si elle change de travail ou s’ils se lancent dans la restauration, ça porte un gros coup à leur budget.
Ne pas payer de loyer ne change rien à la question du Pinel. C’est ce qui leur permet de supporter l’effort aujourd’hui, mais pas ce qui le rend rentable.
Alors, ce Pinel, bonne ou mauvaise idée ?
Le dispositif était pensé pour des foyers qui paient beaucoup d’impôts. Pour un jeune couple à l’imposition modeste, la réduction ne compense ni le prix du neuf, ni le loyer plafonné. Je ne dis pas que tous les Pinel sont mauvais.
Je dis que celui-là a été vendu à un couple pour qui il n’était pas fait.
Maintenant qu’on a regardé les chiffres et qu’on a compris que le Pinel n’était juste pas adapté à leur situation, on fait quoi ?
On le garde et on assume ? On le revend ? Quand car il faut le garder un minimum de 6 ans pour profiter de l’avantage. Mais si tout le monde le vend au bout de 6 ans au même moment, il ne va pas se vendre, si ?
Bref, beaucoup de questions à ce stade. Encore plus qu’avant. Mais on commence à tirer sur le bon fil de la pelote.
Coût irrécupérable : le biais qui garde les mauvais placements
Face à un placement qui coûte chaque mois, la réaction la plus naturelle tient en une phrase : On a déjà mis tellement dedans.
C’est le biais du jour : le coût irrécupérable.
Il consiste à laisser l’argent déjà dépensé, qu’on ne récupérera pas, décider de l’avenir. On garde un placement parce qu’on y a déjà mis beaucoup, on finit un film nul parce qu’on a payé la place de ciné.
En 1985, les psychologues Hal Arkes et Catherine Blumer ont posé une question toute simple à des étudiants.
Tu as payé 2 weekends au ski. Tu n’as pas fait attention aux dates, ils tombent en même temps. $100 un weekend de ski dans le Michigan et $50 un autre dans le Wisconsin. Tu sais que le 2ème te plaira davantage.
Les dates tombent le même week-end et rien n’est remboursable. Lequel choisis-tu ?
33 étudiants sur 61, soit 54%, ont choisi le séjour le plus cher, celui qui leur plaisait le moins. Uniquement parce qu’il avait coûté plus.
Le mécanisme : notre cerveau déteste reconnaître une perte. Tant qu’on n’a pas vendu, l’erreur n’est pas officielle, alors on continue de payer pour ne pas avoir à l’admettre.
Les parades :
Pose la question à l’envers. Si je n’avais pas ce placement aujourd’hui, est-ce que je l’achèterais, à ce prix, avec cet effort mensuel ? Si la réponse est non, ton attachement vient du passé, pas de ton intérêt.
Ne regarde que l’avenir. Liste uniquement ce que tu vas encore payer, ce que tu vas toucher et ce que coûte une sortie. Ce que tu as déjà versé n’entre pas dans le calcul.
Fais relire ta décision par quelqu’un qui n’a rien payé. Un regard extérieur n’a pas d’ego investi dedans.
Attention, le biais marche dans les deux sens : parfois, la bonne décision est de garder, pour des raisons tournées vers l’avenir.
Quand on pose les chiffres, c’est peut-être le cas de leur Pinel.
Épargne de précaution, combien ? Un rôle pour chaque euro
Leur épargne était bien remplie, mais rien n’avait de rôle précis. On a commencé par là.
Le matelas de sécurité. Avec deux enfants, un crédit et un logement de fonction qui s’arrête en 2028, on veut un bon matelas soit environ 26 500 €. Le Livret A de Camille, plein à 22 950 €, et son compte sur livret, 4 075 € font le travail. On n’y touche plus, sauf coup dur.
Le mariage. Ils ont regardé ce qu’ils voulaient avec les devis, on est environ à 10 000 €. C’est prévu pour 2027. Le LDDS de Camille contient 12 000 € : le mariage est déjà payé. On le renomme « mariage » dans l’application de la banque, et on n’y touche plus non plus.
Le reste. Il restait 2 777 € sans rôle sur les comptes d’Hugo, plus les 2 746 € qui arrivent chaque mois. Pour ceux-là, la règle que je leur ai proposée : 10% pour le court terme, 30% pour le moyen terme, 60% pour le long terme.
Court terme, 10%, soit 275 € par mois : sur un compte d’épargne, pour les week-ends, les vacances, la voiture et les imprévus du quotidien.
Moyen terme, 30%, soit 825 € par mois : sur le Livret A et le LDDS d’Hugo, pour l’apport du café-restaurant.
Long terme, 60%, soit 1 645 € par mois : sur les PEA, assurance-vie et des comptes-titres, pour les enfants et leur patrimoine.
Le détail qui change tout : les livrets d’Hugo étaient presque vides, 2 060 € à eux deux, soit près de 33 000 € de place, sans impôt, à 1,7%. Les 2 777 € qui dormaient y vont tout de suite, puis 825 € chaque mois : en 38 mois (3 ans et 2 mois), le compteur passe les 35 000 €. L’apport du restaurant est prêt début 2029, sans le moindre risque sur un argent dont ils auront besoin si vite.
2 éléments à anticiper : le logement de fonction s’arrête fin 2028 et la rente liée à l’héritage en 2029. Leur capacité d’épargne va diminuer d’environ 1 800 € d’un coup.
Revendre un Pinel avant 6 ans ? Leur plan de sortie
Après le diagnostic, la tentation est forte : “On revend tout de suite.”
C’est là que le coût irrécupérable change de camp.
Revendre un Pinel avant six ans, ou avant la fin de l’engagement choisi, coûte cher : l’administration reprend les réductions d’impôt déjà obtenues, sauf dans quelques cas comme le licenciement, l’invalidité ou le décès. S’y ajoutent les frais de revente et un prix d’achat gonflé par la marge du promoteur, qu’un appartement neuf récupère rarement deux ans après.
Pour un Pinel déjà signé, le plan se construit tourné vers l’avenir :
Vérifier la date exacte de fin d’engagement. Elle figure dans les papiers de l’achat et sur la déclaration Pinel de la première année. Selon la durée choisie, elle tombe autour de 2029, 2032 ou 2035. Tout le reste en dépend.
Tenir jusqu’à cette date, en continuant à verser les 876 € par mois. C’est l’option la moins coûteuse à partir d’aujourd’hui, et la seule raison valable de garder.
Ne pas prolonger l’engagement. La prolongation donne une nouvelle réduction, qui ne sert à rien sans assez d’impôt pour l’absorber. C’est leur cas.
À l’échéance, décider avec les chiffres du jour. Fin Pinel, que faire ? Trois options : vendre (une éventuelle plus-value est imposée à 36,2%, avec des abattements qui démarrent après cinq ans de détention), relouer au prix du marché sans plafond, ou garder l’appartement pour la retraite.
Un dernier calcul, pour apporter de l’eau au moulin. Cette fois, on compte tout, de 2023 à 2048.
Ce qu’ils vont payer :
1 486 € par mois pendant 25 ans, soit 445 800 €.
Dedans, il y a 239 000 € de capital, 159 532 € d’intérêts et 47 268 € d’assurance du prêt. À ça s’ajoutent 3 000 € de frais de notaire, 42 616 € de taxe foncière, de charges de copropriété et d’assurance et 16 946 € de petits travaux.
Ce qui va rentrer :
211 259 € de loyers, en comptant une hausse de 1,5% par an et deux semaines sans locataire chaque année. Il y a aussi 29 862 € de réduction d’impôt sur 9 ans, et pas un euro de plus, puisqu’elle ne peut pas dépasser leur impôt. Les impôts sur les loyers, eux, restent quasi nuls, parce que pendant une vingtaine d’années les intérêts et les charges dépassent ce que rapporte l’appartement.
Résultat :
267 442 € sortis de leur poche, soit environ 880 € par mois en moyenne. C’est un peu plus de 700 € par mois tant qu’ils touchent la réduction d’impôt, puis autour de 1 000 € à partir de 2032.
Maintenant, imagine qu’ils aient placé exactement ces sommes, aux mêmes dates, sur un ETF monde à 7% par an. En 2048, ils auraient environ 668 000 €.
En face, il y a l’appartement payé, estimé à 490 000 € pour une revente en 2048.
Avant les impôts sur la plus-value, la Bourse finit devant de près de 178 000 €. Selon la durée de leur engagement Pinel, l’écart va de 151 000 € à 210 000 €.
Pour faire jeu égal, l’appartement devrait se revendre autour de 668 000 €, soit une hausse de plus de 4% par an pendant 25 ans.
Pour estimer les 490 000 €, j’ai pris la tendance des 25 dernières années et je suis parti du principe que l’immobilier ferait exactement pareil dans les 25 prochaines. On sait déjà que c’est optimiste : le marché a fait -4% depuis leur achat.
Est-ce qu’ils ont intérêt à vendre pour investir dans un autre bien immobilier ?
En posant simplement la question, ils m’ont simplement dit que ça ne les intéressait pas et qu’ils n’ont pas le temps de s’occuper de la gestion.
Revente Pinel à 6 ans, 9 ans ou 25 ans : le calcul complet
Est-ce qu’ils ont intérêt à vendre dès que possible ? Au bout 6 ans ? Au bout de 9 ans ?
J’ai refait le calcul avec les mêmes hypothèses, en comptant tout ce qu’ils auront mis de leur poche et tout ce qu’ils récupèrent à la vente, une fois remboursé le reste du prêt, payées l’agence, les pénalités de la banque et l’impôt sur la plus-value que déclenche la revente du Pinel.
Pour la revente, j’ai été réaliste. Un Pinel ne se revend pas au prix du neuf. L’acheteur compare avec l’ancien du quartier et tous les appartements du programme arrivent sur le marché en même temps. Les études relèvent une décote de 15 à 25% : j’ai pris 20%.
Scénario 1 : ils vendent au bout de 6 ans, vers 2029
Ce qu’ils ont payé :
106 992 € de mensualités, dont seulement 35 647 € de capital remboursé. Le reste est parti en intérêts (60 000 €) et en assurance du prêt (11 344 €).
6 990 € de taxe foncière, de charges et d’assurance
1 262 € de petits travaux
3 000 € de frais de notaire
Ce qu’ils ont encaissé :
41 805 € de loyers
19 908 € de réduction d’impôt : 3 318 € par an au lieu des 4 182 € prévus, puisque la réduction ne peut pas dépasser leur impôt
Sortis de leur poche : 56 530 €, soit 743 € par mois.
À la vente :
Prix avec la tendance du marché : 284 000 €
Prix après décote : 227 200 €, c’est-à-dire 5% de moins que leur prix d’achat
Capital à rembourser à la banque : -203 353 €
Pénalités de remboursement anticipé : -4 575 €
Frais d’agence : -9 086 €
Diagnostics : -500 €
Impôt sur la plus-value : 0 €, puisqu’il n’y a pas de plus-value
Il leur reste 9 639 €. Bilan : -46 891 €.
Scénario 2 : ils vendent au bout de 9 ans, vers 2032
Ce qu’ils ont payé :
160 488 € de mensualités, dont 57 414 € de capital, 86 057 € d’intérêts et 17 017 € d’assurance
11 763 € de taxe foncière, de charges et d’assurance
1 951 € de petits travaux
3 000 € de frais de notaire
Ce qu’ils ont encaissé :
65 114 € de loyers
29 862 € de réduction d’impôt, toujours plafonnée à 3 318 € par an au lieu de 3 983 €
Sortis de leur poche : 82 226 €, soit 734 € par mois.
À la vente :
Prix après décote : 247 600 €, à peine 4% au-dessus du prix d’achat
Capital à rembourser à la banque : -181 586 €
Pénalités de remboursement anticipé : -4 086 €
Frais d’agence : -9 904 €
Diagnostics : -500 €
Impôt sur la plus-value : 0 €
Il leur reste 51 516 €. Bilan : -30 710 €.
Scénario 3 : ils le gardent jusqu’en 2048
Ce qu’ils ont payé :
445 800 € de mensualités au total, dont 239 000 € de capital, 159 532 € d’intérêts et 47 268 € d’assurance
42 616 € de taxe foncière, de charges et d’assurance
16 946 € de petits travaux
5 000 € de gros travaux
3 000 € de frais de notaire
Ce qu’ils ont encaissé :
208 643 € de loyers
Les mêmes 29 862 € de réduction d’impôt
Sortis de leur poche : 274 858 €, soit 906 € par mois en moyenne, avec un effort autour de 1 000 € par mois dès 2032, quand la réduction s’arrête.
À la vente :
Prix après décote : 392 000 €
Capital à rembourser : 0 €, le crédit est fini
Frais d’agence : -15 680 €
Diagnostics : -500 €
Impôt sur la plus-value : -7 680 €, très allégé après 25 ans de détention
Il leur reste 368 140 €. Bilan : +93 282 €.
Vendre tôt, c’est encaisser la décote au pire moment, quand presque tout le crédit reste à rembourser : en 2029, ils n’ont remboursé que 15% du capital.
Garder, c’est laisser le temps et le remboursement du prêt absorber cette décote. Mais ce n’est pas gratuit : pour transformer -46 900 € en +93 300 €, il faut remettre environ 218 000 € de plus pendant 19 ans, au moment précis où leur capacité d’épargne fond.
Et ces 93 300 € reposent sur un immobilier qui prendrait 2,9% par an pendant 25 ans, alors que le marché a déjà fait -4% depuis leur achat.
Le choix est cornélien. Est ce qu’ils vont garder ce bien jusqu’au bout pour le rendre rentable ou est ce qu’ils acceptent d’essuyer des pertes pour concrétiser les autres projets comme l’achat d’un restaurant qui reste leur objectif professionnel de rêve ?
Épargner pour ses enfants : un compte titre par enfant
Leur idée de départ : une assurance-vie par enfant, avec 20 000 € à la clé au moment de leur majorité. L’horizon est de quinze à vingt ans. De petites sommes, et beaucoup de temps.
Les deux options principales que je leur ai présentées :
Option 1 : un compte titre par enfant, au nom des parents. Un compte-titres ordinaire au nom de Camille ou d’Hugo, dédié à un enfant, avec un ETF monde capitalisant acheté chaque mois. Le jour où ils le décident (à 18 ans, à 25 ans, pour un premier achat immobilier), ils donnent les titres. Jusqu’à 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans, il n’y a pas de droits de donation, et la plus-value accumulée n’est pas imposée au moment du don.
Autre avantage : les parents gardent la main, alors qu’un placement au nom de l’enfant lui appartient entièrement à sa majorité.
Option 2 : une assurance-vie par enfant. L’enfant en est propriétaire dès le premier jour, ce qui rassure certains parents. Mais les frais sont en général plus élevés que sur un compte-titres en ligne, et ça pèse sur vingt ans. On peut prendre plus de risque au début et basculer sur du fonds euros au fur et à mesure qu’on se rapproche de la date butoir.
C’est l’option 1 que je leur ai recommandée : 150 € par mois et par enfant, pris dans le tiroir long terme. Pour le plus jeune, jusqu’à ses 18 ans, ça fait 17 ans et 30 600 € versés. Avec une hypothèse de 5% par an (très raisonnable), autour de 48 000 € au bout. Bien plus que les 20 000 € de leur objectif de départ, pour 300 € par mois pour les deux.
ETF monde PEA : un seul fonds au lieu de trois
Côté PEA, Hugo avait trois ETF : un ETF monde, un ETF S&P 500 et un ETF Nasdaq, sans versement régulier. Le problème : le S&P 500 et le Nasdaq sont déjà dans l’ETF monde, où les grandes entreprises américaines pèsent plus des deux tiers. Il croyait se diversifier, il achetait trois fois les mêmes entreprises.
La stratégie la plus simple est souvent la plus gagnante. Le plan :
Garder un seul ETF monde éligible au PEA, capitalisant, avec des frais d’environ 0,20% par an. Les autres lignes ne sont pas vendues dans la panique : on arrête simplement d’y ajouter de l’argent.
Programmer un versement chaque mois, le lendemain de la paie : 1 345 € au total, soit les 1 645 € du tiroir long terme moins les 300 € des enfants, autour de 670 € sur le PEA de chacun.
Réveiller la vieille assurance-vie de Camille. 12 000 € sur un fonds euros depuis 17 ans, qui n’a presque rien rapporté. Après huit ans de contrat, les gains retirés profitent d’un abattement de 9 200 € par an pour un couple : elle peut récupérer l’argent sans impôt sur le revenu et le verser sur son PEA. En gardant quelques centaines d’euros sur le contrat, elle conserve sa date d’ouverture, précieuse pour plus tard.
Ne plus y toucher. Après cinq ans, les gains du PEA ne paient plus que 18,6% de prélèvements sociaux, sans impôt sur le revenu.
Avec l’hypothèse de 5% par an, 1 345 € par mois donnent autour de 209 000 € en 10 ans (161 400 € versés) et 553 000 € en 20 ans (322 800 € versés). Ce n’est pas une promesse : les marchés baisseront parfois, fort. Mais c’est ce que l’effet composé fait à un couple qui épargne 38% de ses revenus, quand l’argent va enfin au bon endroit.
Les BSPCE d’Hugo et l’épargne retraite de Camille ne comptent pas dans le plan. Les premiers dépendent de l’avenir d’une entreprise, la seconde est bloquée. C’est un bonus, pas une fondation.
2029 : l’année où tout change
Tout ce plan a une date de péremption, et elle est proche. En 2028, le logement de fonction s’arrête : il faudra payer un loyer ou un crédit. En 2029, le revenu temporaire de 1 250 € par mois s’arrête aussi. Rien qu’avec ce revenu en moins, les 2 746 € tombent à environ 1 500 €, avant même le nouveau logement.
C’est pour ça que l’apport du restaurant doit être prêt avant 2029, pas après, et que le matelas reste à six mois. Ce jour-là, on ne jette pas le plan : on garde les proportions, et on baisse les montants.
Et maintenant ?
Ce plan est celui d’un couple précis, à un moment précis : c’est un exemple pour apprendre, pas un conseil personnalisé.
Camille et Hugo n’avaient pas un problème d’argent. Ils avaient un problème d’ordre. J’espère que leur café-restaurant ouvrira en 2029. J’y serai l’un des premiers clients.
Merci de m’avoir lu jusqu’ici. Ça fait beaucoup de chiffres, je sais. Mais c’est exactement ce qui manque quand on veut comprendre un Pinel, un PEA ou l’épargne de ses enfants : un cas complet, appliqué à une vraie situation, chiffré ligne par ligne, du budget jusqu’à la revente.
Cette édition, tu l’as lue en entier gratuitement. C’est la dernière fois.
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À dimanche prochain !
Alex
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