Il possède 501 millions d’étoiles.
Il ne les a jamais regardées. Il ne les a jamais nommées. Il ne sait même pas à quoi elles servent.
Mais il les possède. Il les compte. Il les recompte. Il les met dans une banque.
Tu reconnais le businessman du Petit Prince ? Peut-être que tu le reconnais un peu trop bien.
Parce qu’on fait tous la même chose.
On accumule. On optimise. On place. On diversifie. On regarde le solde grandir.
Mais est-ce qu’on s’est déjà demandé : pour quoi faire ?
Je vais être honnête : cette question, je me la suis posée assez tard. Pendant 7 ans, je calculais mon patrimoine net chaque mois. Je comparais mes rendements. J’optimisais mes frais au centième. Et puis un jour, mon meilleur ami m’a demandé : “C’est pour quoi faire, tout ça ?”
Je n’ai pas su répondre. J’étais le businessman. Je comptais mes étoiles.
Le plan du jour :
5 visions toxiques de la richesse (Les planètes)
L’exercice pour définir ce que “être riche” veut dire pour toi (Ta rose)
Les habitudes qui dévorent ton patrimoine en silence (Les baobabs)
Au-delà de quel revenu l’argent ne change plus rien ? (Apprivoiser le renard)
Le piège mental : l’adaptation hédonique
Ton plan d’action (La toilette de la planète)
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5 visions toxiques de la richesse (Les planètes)
Le Petit Prince voyage de planète en planète. Chaque planète est habitée par un adulte enfermé dans sa propre obsession. Et chacun de ces adultes, tu le croises tous les jours. Parfois dans le miroir.
Le roi
Celui qui a toujours une bonne raison de ne rien faire. Il donne des ordres au soleil mais seulement à l’heure du coucher.
En finance perso, c’est le même tour de magie.
Le marché monte ? “Je le savais, j’attendais le bon moment.”
Le marché chute ? “Tu vois, j’ai bien fait de ne pas investir.”
Les taux immobiliers baissent ? “Oui mais les prix n’ont pas encore corrigé.”
Les prix baissent ? “Oui mais les taux vont remonter.”
Il a un avis sur tout. Il n’a investi dans rien. Dans 10 ans, il t’expliquera encore pourquoi c’était pas le bon moment.
Le vaniteux
Celui qui veut être admiré. Il demande qu’on l’applaudisse en permanence.
En finance perso, c’est celui dont chaque décision passe par le filtre “qu’est-ce qu’on va penser de moi ?”.
BMW en leasing, appart dans le bon quartier, vacances Instagram.
Patrimoine net : négatif.
Mais patrimoine perçu : impressionnant.
Il n’investit pas pour lui. Il investit pour le regard des autres.
Le businessman
Celui qui accumule sans but. 501 millions d’étoiles. Il les possède parce qu’il y a pensé en premier. Il ne sait pas quoi en faire.
Pour nous, c’est l’optimiseur compulsif. Il compare 15 ETF, calcule ses frais au centième, connaît son TRI sur 5 ans au dixième près.
Mais si tu lui demandes “c’est pour quoi faire ?”, il ne sait pas répondre.
Il accumule par réflexe. L’argent n’est pas un outil. C’est un score.
Le buveur
Celui qui fuit. Il boit pour oublier qu’il a honte de boire. Boucle infinie.
En finance perso, il utilise l’achat compulsif comme anesthésiant.
Mauvaise journée → Vinted.
Dispute → Uber Eats.
Anxiété → Amazon.
Il voudrait investir, il le sait. Il a lu les newsletters, il connaît les ETF, il a même ouvert un PEA.
Mais le 15 du mois, il ne reste rien. La fuite de l’oubli a tout mangé.
Puis la culpabilité arrive et il dépense pour oublier la culpabilité.
L’allumeur de réverbères
Celui qui obéit à une règle qui n’a plus de sens. Sa planète tourne de plus en plus vite, il allume et éteint son réverbère sans jamais s’arrêter.
Au quotidien, on le croise comme celui qui suit les règles sans les questionner.
Il épargne 500 €/mois sur un Livret A depuis 8 ans.
Pourquoi un Livret A ? “Parce que c’est ce qu’on fait.”
Il travaille, il épargne, il attend la retraite. Il n’a jamais levé la tête pour vérifier s’il court dans la bonne direction.
Le Petit Prince quitte chaque planète avec le même constat :
“Les grandes personnes sont décidément très bizarres.”
J’ai eu le même sentiment à chaque fois que j’ai parlé d’éducation financière à mes proches. Ça a été ma motivation première quand j’ai démarrer. J’ai essayé de comprendre pourquoi mes proches agissaient ainsi et n’avaient pas assez d’argent pour telle activité ou partir en vacances.
La plupart des gens gèrent leur argent selon des règles qu’ils n’ont jamais questionnées. Le vrai travail financier, ce n’est pas d’optimiser.
C’est de savoir pourquoi tu optimises.
L’exercice pour définir ce que “être riche” veut dire pour toi (Ta rose)
Le Petit Prince finit par comprendre :
“C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.”
L’argent est un outil. Pas une fin. Mais un outil au service de quoi ?
La plupart des gens investissent, épargnent et optimisent sans jamais avoir répondu à cette question. Ils sont le businessman et ses étoiles.
Voici un exercice en 4 questions pour trouver ta rose.
Prends 5 minutes. Pas dans ta tête. C’est important d’écrire sur papier tes réponses.
Question 1 : Si tu avais assez d’argent pour ne plus jamais travailler, que ferais-tu de tes journées ?
Ta réponse révèle tes vraies priorités.
Si c’est “voyager”, ta richesse = liberté géographique.
Si c’est “passer du temps avec mes enfants”, ta richesse = temps.
Question 2 : Quelle dépense des 12 derniers mois t’a rendu le plus heureux ?
Souvent, ce n’est pas la plus chère. C’est celle qui est alignée avec tes valeurs.
Question 3 : Quelle dépense des 12 derniers mois regrettes-tu le plus ?
C’est un baobab. Arrache-le. (On en parle en détail ensuite)
Question 4 : Si tu pouvais acheter une seule chose avec ton prochain mois d’épargne, ce serait quoi ?
Du temps ? De la sécurité ? Une expérience ? De la tranquillité d’esprit ?
Ta réponse est ta rose.
Moi, ma rose, c’est l’autonomie. Pouvoir choisir comment je passe mon mardi.
Chaque décision financière que je prends passe par ce filtre : est-ce que ça me rapproche de ce mardi, ou est-ce que ça m’en éloigne ?
Une fois que tu as ta rose, tout le reste de cette newsletter prend un autre sens.
Les habitudes qui dévorent ton patrimoine en silence (Les baobabs)
Sur la planète du Petit Prince, il y a des baobabs.
Quand ils sont petits, on les confond avec des rosiers. Mais si on ne les arrache pas à temps, ils grossissent et leurs racines dévorent la planète entière.
“C’est une question de discipline. Quand on a terminé sa toilette du matin, il faut faire soigneusement la toilette de la planète.”
Pour ton portefeuille, les baobabs, ce sont les habitudes qui semblent inoffensives au début mais qui dévorent ton patrimoine en silence.
Regardons en détails 3 petites exemples :
Baobab n°1 : L’inflation du mode de vie (racine dans les habitudes).
Tu reçois une augmentation de 300 €/mois. Tu changes d’appart (+200 €), tu upgrades ton forfait (+30 €), tu prends un abonnement de plus (+20 €).
Deux mois plus tard, tu épargnes exactement autant qu’avant. L’augmentation a été absorbée sans laisser de trace.
Et le pire ? Ton cerveau enregistre ce nouveau niveau de vie comme la norme. Impossible de revenir en arrière. C’est l’effet cliquet.
En 5 ans et 3 augmentations, tu gagnes 800 €/mois de plus. Tu épargnes le même montant qu’avant. Les 800 € ont disparu et tu ne sais même pas où.
Baobab n°2 : La procrastination financière (racine dans la tête).
“Je m’en occuperai quand j’aurai le temps.”
“J’attends d’avoir une somme ronde.”
“Je verrai ça en septembre.”
Le PEA n’est jamais ouvert. L’assurance-vie est toujours “à étudier”. 10 000 € dorment sur un compte courant depuis 3 ans.
La racine : plus tu attends, plus la tâche te paraît énorme, plus tu repousses. Et pendant ce temps, l’inflation et le coût d’opportunité travaillent contre toi en silence. Un an de procrastination sur 10 000 €, c’est 700 à 800 € de rendement perdu. Chaque année. Multiplie par 5 ans. L’inaction a un prix. Tu ne le vois pas sur ton relevé, mais il est bien réel.
Baobab n°3 : Le faux sentiment d’insécurité (racine dans la peur).
“Tu as raison d’être prudent.”
C’est une phrase dangereuse en finance perso parce que personne ne te dira le contraire. Tes parents te le disent, ton banquier aussi et BFM te le dit chaque fois qu’un marché recule de 3 %.
Alors tu gardes tout sur ton compte… par prudence… par sagesse. Et chaque crise (Covid, guerre, inflation) te confirme que tu as bien fait.
Sauf que la prudence a un coût invisible. 20 000 € qui dorment sur un livret A, à 2 % d’inflation, c’est 500 € de pouvoir d’achat qui disparaissent chaque année.
Alors que si tu en avais investi la moitié, tu garderais 12 500 € de matelas, largement de quoi dormir tranquille et les 12 500 € restants travailleraient pour toi au lieu de fondre.
C’est le baobab le plus difficile à arracher parce que tout le monde te dit que c’est un rosier.
La discipline du Petit Prince, c’est d’arracher les baobabs chaque matin avant qu’ils ne deviennent des arbres.
Trois racines, trois poisons : l’habitude (tu ne vois pas), l’inertie (tu ne bouges pas), la peur (tu n’oses pas).
A toi de les identifier et de choisir ce que tu veux pour ta rose.
Au-delà de quel revenu l’argent ne change plus rien ? (Apprivoiser le renard)
Le renard dit au Petit Prince :
“On ne connaît que les choses que l’on apprivoise.
Si tu veux un ami, apprivoise-moi !”
Le renard ne se donne pas simplement. Il demande du temps, de la patience, de la régularité. Exactement comme les choses qui comptent vraiment dans la vie.
Et c’est là que la science confirme la poésie.
En 2010, le psychologue Daniel Kahneman (prix Nobel d’économie) a publié une étude devenue célèbre : au-delà de 75 000 $ de revenus annuels, le bien-être émotionnel cesse d’augmenter. En 2023, il a affiné cette conclusion avec Matthew Killingsworth : pour la majorité des gens, le bonheur continue d’augmenter avec les revenus, mais les gains sont de plus en plus faibles.
Pour les 20 % les plus malheureux, ça plafonne vers 100 000 $.
Pour les 30 % les plus heureux, ça accélère parce qu’ils utilisent l’argent pour acheter du temps et de l’autonomie, pas du statut.
OK, mais ça c’est les Américains. Et chez nous ?
En 2024, l’INSEE a publié une étude spécifiquement française.
Résultat : le seuil de satiété en France est de 30 000 €/an pour une personne seule, soit environ 2 500 € net par mois. Au-delà, ton bien-être émotionnel au quotidien n’augmente plus significativement.
30 000 €. C’est proche du salaire médian français. Ce qui veut dire que beaucoup d’entre vous êtes déjà au-dessus ou tout proches du seuil.
L’argent supplémentaire que tu gagnes ne te rend pas plus heureux. Il te rend plus riche, ce n’est pas la même chose.
Passer de 15 000 € à 30 000 € change ta vie. Passer de 50 000 € à 80 000 € change… le nombre de restaurant que tu fais chaque semaine.
Et voilà le twist que personne ne mentionne : l’inflation mange ton seuil de bonheur aussi. 30 000 € aujourd’hui, avec une inflation moyenne de 2 %/an, ça correspond à :
Dans 10 ans : ~36 500 €
Dans 20 ans : ~44 500 €
Dans 30 ans : ~54 000 €
Autrement dit : si tu ne fais rien, il te faudra gagner 54 000 € dans 30 ans pour ressentir le même niveau de bien-être qu’avec 30 000 € aujourd’hui.
Ton seuil de bonheur est grignoté par l’inflation, exactement comme ton épargne sur un Livret A.
Si tu laisses ton argent sur ton livret A par prudence. Tu perds simplement à cause du temps qui passe.
C’est pour ça qu’investir n’est pas une question de “devenir riche”. C’est une question de protéger ta rose.
Le but est de t’assurer que dans 20 ans, ton mode de vie, celui qui te rend heureux aujourd’hui, sera toujours accessible.
La leçon du renard : ce n’est pas combien tu gagnes qui compte. C’est ce que tu fais de ce que tu gagnes. Et surtout : ce que tu protèges pour demain.
Le piège mental : l’adaptation hédonique
Le Petit Prince quitte sa planète parce qu’il n’est plus satisfait de sa rose. Il voyage de planète en planète en espérant trouver mieux. Et quand il arrive sur Terre et découvre un jardin de 5 000 roses, il se sent trahi :
“Je me croyais riche d’une fleur unique, et je ne possède qu’une rose ordinaire.”
C’est exactement ce que fait ton cerveau avec l’argent.
L’adaptation hédonique, c’est le mécanisme par lequel tu t’habitues à tout.
Ton nouveau salaire te rend euphorique pendant 2 semaines puis il devient normal.
Ta nouvelle voiture te fait plaisir pendant 1 mois puis elle devient simplement “titine”.
Ton appart plus grand est magique pendant 3 mois puis c’est juste chez toi.
Ton cerveau recalibre constamment sa référence. La ligne d’arrivée recule à chaque pas.
C’est le tapis roulant hédonique. Tu cours. Tu avances. Mais tu ne bouges pas.
Comment le Petit Prince aurait contourné ce piège
Reviens à ta rose. Le Petit Prince finit par comprendre que sa rose est unique. Pas parce qu’elle est objectivement meilleure, mais parce que c’est elle qu’il a arrosée, protégée, écoutée. Pour toi, ce qu’il faut retenir c’est d’arrêter de comparer ton patrimoine à celui des autres. Concentre-toi sur ta rose, celle que tu as définie plus haut.
Le journal de gratitude financière. Chaque mois, note 3 choses que ton argent t’a permis de vivre ce mois-ci. Pas ce que tu as acheté. Ce que tu as vécu. Un dîner avec un ami. Un après-midi libre. Une nuit sans stress. Ça recalibre le cerveau vers ce qui compte au lieu de ce qui manque.
La règle des 48h. Avant tout achat supérieur à 100 €, attends 48 heures. Si tu y penses encore après 2 jours, c’est à considérer. Sinon, c’était l’adaptation hédonique qui cherchait sa prochaine dose.
Le Petit Prince a voyagé 6 planètes pour comprendre que le bonheur était sur la sienne depuis le début. Ne fais pas la même erreur.
Ton plan d’action (La toilette de la planète)
Le Petit Prince faisait la toilette de sa planète chaque matin.
Voici ce que je te propose pour la tienne :
Cette semaine : Formule ta rose
Reprends tes réponses aux 4 questions. Formule en une phrase : “Pour moi, être riche, c’est ___.”
Affiche-la quelque part. Fond d’écran, post-it, note en haut de ton budget. C’est ta boussole.
Ce mois-ci : Arrache tes baobabs
Fais un point : liste toutes tes dépenses récurrentes (abonnements, crédits en 4 fois, habitudes)
Pour chacune, passe-la au filtre : “Est-ce que ça me rapproche de ma rose ?”
Supprime ou réduis ce qui n’est pas aligné. Réinvestis la différence.
Ce trimestre : Apprivoise ton renard
Mets en place le journal de gratitude financière (3 choses/mois que ton argent t’a permis de vivre)
Applique la règle des 48h sur tous les achats > 100 €
Réévalue : est-ce que tu cours sur le tapis roulant, ou est-ce que tu avances vers ta rose ?
Il y a une phrase que j’adore dans le Petit Prince et ça sera la dernière leçon du jour :
“On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.”
L’essentiel est invisible pour ton portefeuille. Ton patrimoine net ne mesure pas ta richesse. Il mesure ta capacité à accéder à ta richesse. (si tu sais ce qu’elle est)
Et crois-moi, “le savoir” n’est pas un acquis. C’est une question qu’il faut se reposer régulièrement parce que ta rose change.
J’ai défini la mienne différement en fonction des années
A 15 ans, c’était d’être autonome financièrement.
À 20 ans, c’était d’entreprendre.
À 27 ans, c’était de travailler en ayant la liberté de voyager.
À 32, c’est de construire un foyer.
À 45, ce sera peut-être ne plus avoir peur pour mon avenir.
L’argent est le même. C’est la rose qui évolue.
J’espère que tu as apprécié cette édition et que mon message a atteint ton coeur.
À toi de jouer maintenant 🎯
Bisouilles !
Merci 🫶🏼 de m’avoir lu une nouvelle fois.
Pense à cliquer sur le ❤️ juste pour soutenir mon travail.
Hasta luego amigo !



Cette analogie avec Le Petit Prince est brillante. Transformer des profils d’investisseurs en personnages qu’on visualise immédiatement, bien joué!